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Documentaire sur le déclin d'une génération (The New York Times)

Écrit par Institut Français des Seniors. Publié dans Revue de medias

Article du 13 janvier 2013

Un des effets durables de la Grande Récession a été la spirale économique descendante de la classe moyenne américaine, et aucun groupe n'a été plus durement touché que la génération du baby-boom, des hommes et des femmes dans un tournant majeur de leur vie professionnelle.

Entre 2007 et 2009, les travailleurs de 55 à 64 ans qui ont perdu leur emploi étaient rémunérés  en moyenne  850 $ par semaine. Ceux, assez chanceux pour être réemployés à partir de Janvier 2010 ont reçu $647 par semaine, soit une baisse de 23,9%.

Les jeunes boomers, quant à eux, âgés de 45 à 54 ans, touchaient en moyenne $916 par semaine, les emplois qu'ils ont pu trouver après la crise s’élevaient à $755, soit une baisse constatée de 17,6%.

C'est ce que décrit Susan Sipprelle dans son nouveau documentaire, "Set for Life", à propos de la génération qui était si certaine de subvenir à ses besoins jusqu'à ce que leur vie fût chamboulée lors de la Grande Récession.

Susan s’attendait à être révoltée en recueillant les témoignages des chômeurs d’une quarantaine d’années. A l’inverse, elle a plutôt ressenti du chagrin et de la peine à leur égard.

Ils ne demandaient pas grand-chose, juste un travail décent pour payer les factures. Ils étaient gênés de ne plus être en mesure de subvenir à leurs propres besoins et à ceux de leur famille. Au lieu d’être en colère ou de demander de l’aide pour trouver des solutions à leur situation, beaucoup d’entre eux étaient tellement brisés qu'ils ne pouvaient pas terminer leurs phrases.

« Je ne peux pas payer mes impôts », raconte une aide soignante. «Je n’avais jamais dérogé à la règle. J’ai toujours senti que c’était de ma responsabilité. Désormais, je ne peux plus les payer, et même si j’obtenais un délai de clémence, je ne serai toujours pas en mesure de les payer. Vous vous sentez rejeté de la société si vous n'avez pas un emploi. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond avec vous. »

Comme toutes les personnes interrogées, elle était bien habillée (certains hommes portaient même des cravates), bien soignée et assise dans son salon bien aménagé.

 L’archétype de la classe moyenne américaine.

Le film examine de près les familles de deux hommes et une femme au chômage: Joe Price, 52 ans, ouvrier métallurgiste de Weirton, Virginie-Occidentale, George Ross, 58 ans, un chef de projet informatique de Livermore, en Californie, et Deborah Salim, 60 ans, une employée de bureau de Conway en Caroline du Sud.

Les moments les plus marquants étaient les entrevues avec les deux autres douzaines d'hommes et de femmes, identifiées dans le documentaire seulement  par leur emploi et leur État d'origine.

« J'ai arrêté de compter le nombre de mes CV envoyés aux alentours des 567, et c'était il y a 3 mois», explique un homme décrit dans le film comme un ingénieur en conception de Rhode Island. «Je suis gêné de dire que c’est la première fois que j’ai recours à des aides pour que ma fille puisse manger à la cantine scolaire. […] Je n’ai simplement plus assez d’argent. »

En inscrivant leurs noms seulement lors du générique de fin, le documentaire transforme chaque homme et chaque femme en témoin oculaire d'une tragédie.

Susan Sipprelle, ancienne employée de banque, en est à sa seconde carrière. Diplômée de l'école de journalisme de Columbia, il y a quatre ans à l'âge de 50 ans. Elle a passé deux ans à parcourir le pays, visitant 14 Etats dans le but d'interviewer 100 personnes.

Interrogée sur son assurance maladie, une directrice de restaurant du Michigan lui répondit qu'elle n'en avait pas : «Dieu semble m’épargner pour le moment », dit-elle.

Un employé de bureau de Caroline du Sud explique quand à lui : «Actuellement, mon assurance-santé est égale à zéro, je n'en ai tout simplement pas."

Susan Sipprelle, de Englewood dans le New Jersey, mère de cinq enfants âgés de 12 à 25 ans, dit avoir assumé les frais du film - «quelques centaines de milliers de dollars» -, le reste provenant de petits dons. Elle prit les baby-boomers, dit-elle, parce qu'elle en est elle-même une, et se sentait plus à même de mieux les comprendre.

Sam Newman, 29 ans, qu'elle rencontra par l’intermédiaire d’un ami de son fils aîné, est devenu le réalisateur et co-producteur. Les deux réunis, l’aventure pouvait commencer.

"Je me suis inscrite à une formation en ligne pour obtenir un certificat de l’Université d’Etat de Californie», dit une femme. "Je l’ai eu, donc je suis un rédacteur technique. J'ai acheté Adobe Framemaker pour que je puisse moi-même apprendre à l'utiliser."

Susan Sipprelle trouve ses sujets dans les centres de carrière, publicités, contacts avec les médias sociaux, les salles des syndicats et agences pour l'emploi. "Dans le Nevada, l'Etat a été tellement débordé, qu’ils m'ont laissée carte blanche dans le bureau pour interroger un maximum de personnes," dit-elle.

« J’espère que le film n’aggravera pas l’opinion des gens sur le chômage. » L’inspiration du style du documentaire vient de Studs Terkel, le célèbre journaliste et auteur de Chicago, qui a laissé lors de ses interviews, mots pour mots, les histoires des personnes interrogées.

« Ce mois-ci, je l’ai fait de justesse », explique un chauffeur routier de l’Oregon, « Vous savez, je ne gagne que $280 par semaine et mon prêt immobilier me prend $1050 tous les mois ».

« J’ai eu 10 entretiens en 2 ans », raconte un autre homme de l’Oregon, travaillant dans le marketing et le management de produit.

En juin 2011, après qu’un teaser du documentaire ait été mis en ligne, Susan Sipprelle fût invitée à témoigner, à Washington, avant le comité du Sénat sur la Santé, l’Education, le Travail et les retraites. On lui a donné huit minutes pour présenter son projet, dont 2 minutes de vidéo.

Personne n’accorda d’attention, raconte-t-elle. « Les sénateurs arrivaient et partaient pendant tout le temps de la présentation ».

Le documentaire n’a aucun but politique. Il n’offre aucune solution.
A la fin, pendant le générique, les différents noms des personnes interviewées s’affichèrent en blanc sur le fond noir de l’écran. L’effet rendu était semblable au Mémorial des Vétérans du Viêt-Nam. Très minimaliste, juste les noms. Susan explique qu’elle ne voulait pas comparer la perte d’un emploi à la mort patriotique mais que le sentiment ressenti, après visionnage du documentaire, soit tel que, lorsque les gens perdent leur travail, une partie d’eux-mêmes meurt à l’intérieur.

 

Article de  traduit en français.
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