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Senior, moi jamais !

Écrit par Institut Français des Seniors. Publié dans Revue de medias

Il y a plusieurs appréciations de l’âge : celui de sa carte d’identité, celui que l’on ressent avoir, et celui que la société vous donne. Avec l’augmentation de l’espérance de vie en bonne santé le décalage entre l’âge que la société vous donne et celui que l’on a dans sa tête s’accroit. Selon l’étude que fait Kantar media chaque année, à 50 ans on se sent 10 ans de moins, « parles moi comme au quadra que je veux continuer à être ». Au-delà de 65 ans l’écart s’accroit : 19 ans de moins.

A 50 ans on déteste être appelé senior, à 70 on adore ça parce que ça évite le mot vieux.

Les vieux ce sont toujours les autres..

Même si, comme le dit le chat de Philippe Geluck « être vieux c’est être jeune depuis plus longtemps, c’est tout ! »

Mes amis de Notre temps ont l’habitude de citer ce « claim « de l’AARP : « life before fifty is just a warming up ! »

Nous nous constatons au salon des seniors que la France se rapproche année après année de la décontraction des anglo saxons face à l’avancée en âge et à l’image de soi. Ils sont aujourd’hui 70% de plus qu’il y a seulement 3 ans, plus de 40 000, à venir à un salon qui s’appelle salon DES SENIORS.

Catherine Frot, Catherine Deneuve, ou Emmanuelle Riva …

Parmi les 22 M de seniors il y a 3 générations : les 12 M de baby-boomers, entre 50 ans et la retraite, les 5 M de jeunes retraites actifs de la retraite à 75, et les 5 M d’ainés au-delà. A grands traits, qu’est ce qui les différencie et les rassemble ? Ça va dépendre de 3 facteurs : leur âge, leurs étapes de vie et les valeurs de leur génération.

Ce qui structure la vie des premiers, les enfants des 30 glorieuses et de mai 68, ce sont les sujets de couple et de travail. Le salon des seniors a créé un village »travailler après 50 ans » depuis 2 ans à la demande de ses visiteurs. Je peux vous dire que cette année particulièrement on a senti monter l’angoisse du chômage de seniors. Sur les questions de couple et de famille les conférences sur ces sujets étaient prises d’assaut. C’est une génération en questionnement sur le sens de sa vie et qui veut lui en donner car le temps passe. Leur mot clé c’est « être moi ».

Ce qui structure celle des jeunes retraités ce sont les petits enfants et l’engagement dans la cité. Avec la crise et la montée des divorces ils sont devenus les amortisseurs économiques et affectifs de la société .16 milliards d’euros de transfert par an. C’est une des explications de leur plus faible taux d’épargne. Ce sont eux les patrons d’associations et les maires de France. Eux qui font les fins des mois des enfants touchés par la crise, et font papy sitter, une fois par semaine en moyenne. Le moment du passage à la retraite est souvent difficile car il n’est pas préparé par 8 français sur 10, y compris pas financièrement. Mais une fois passé sur la rive de la liberté à plein temps, ça va bien. C’est une génération extraordinairement active et généreuse. Leur mot clé c’est donner.

Ce qui structure la vie des ainés c’est leur état de santé. A 73 ans en moyenne arrive le 1er accident de santé grave. Face à cela ils sont ou dans la sagesse ou dans le repli sur soi, rarement entre les deux. Leur mot clé c’est transmettre.

 

Jamais seul !

Qu’est ce qui les réunit ? Le 1er besoin de tous les seniors quel que soit leur âge, leur niveau social, leur habitat, c’est le lien social. Ce qu’aucun ne supporte bien c’est la solitude, 1 femme de +70 ans sur 2 vit seule. Cette frontière tend à s’abaisser avec l’augmentation des divorces (18% entre 50 et 60 ans)

Le 2e besoin c’est d’être utile, une autre façon de ne pas être mis à part. C’est pourquoi 1 sur 2 est membre d’une association. Nous offrons 35 stands à des associations qui viennent chercher des bénévoles, et ça marche très bien.

En communication privilégiez les mises en situation de vos produits ou services dans l’inter génération et présentez-les comme des outils de relation.

Un appareil auditif par exemple, ce n’est pas une technique, c’est un moyen de continuer à participer aux conversations. Une télé assistance c’est d’abord un moyen de ne pas peser sur ses proches.

Re –traiter sa vie

En mai 68 quand Notre temps a été créé, on avait 8 ans devant soi arrivé à l’âge de la retraite. Aujourd’hui on a environ 25 ans (22 chez les hommes, 27 chez les femmes), c’est une 3 e mi-temps ! Cette perspective change tout : les seniors ont un projet de vie à construire. C’est la raison du succès, et la raison d’être du salon des seniors. Les seniors d’aujourd’hui sont curieux de tout, plus instruits, plus en forme et plus aisés aussi que leur ainés. A leur demande nous avons ajouté des villages thématiques chaque année ou presque. Aux 3 villages « piliers « santé- argent -tourisme d’il y a 15 ans nous sommes passés à 10 en intégrant les nouvelles technologies, la maison, la culture, et d’autres, comme l’emploi et le maintien à domicile.

La fin du travail, mes chers parents

Deux sujets qui sont des signes des temps. Ce dont nous pouvons témoigner c’est qu’ils sont plus qu’un intérêt : une angoisse.

Celui du travail avec deux aspects : rebondir après un licenciement et le cumul emploi retraite (qui a doublé depuis 3 ans : 500 000 personnes). Problème économique, familial, sentiment de discrimination. A 52 ans, on est un jeune président mais un vieux travailleur. 18% des autos entrepreneurs sont des seniors.

Celle du soin à apporter à ses parents. Entre 4 et 8 millions d’aidants familiaux suivant le temps qu’ils y passent. Dans 8 cas sur 10 des femmes. C’est tout l’enjeu du maintien à domicile et des technologies nouvelles d’assistance et d’équipement de la maison qui peuvent apporter de la sécurité à nos ainés (les chutes) et du répit à leurs enfants. Le nombre de personnes qui visitent la maison témoin de la sécurité que nous avons construite depuis 3 ans pour informer les jeunes seniors sur ce sujet est impressionnant.

La qualité n’a pas de prix :  Straight to the point

Parlons des seniors clients pour terminer. D’un mot pour dire deux choses :

Non on ne peut pas les négliger puisqu’ ils représentent 48% de la consommation en France et ont des revenus supérieurs de plus d’un tiers aux moins de 50 ans, revenus disponible de surcroit puisque les enfants sont partis et les emprunts sont payés.

Autre chance pour les entreprises : ils privilégient la qualité au prix ; les low cost et les MDD ce ne sont pas eux. Seulement attention ce n’est pas facile de communiquer avec les seniors. C’est une génération souvent paradoxale qui veut une chose et son contraire, un peu comme les adolescents

C’est aussi la génération qui a inventé le marketing dont elle connait toutes les ficelles et elle a trop souvent l’impression que les entreprises ont bien compris qu’il n’y pas que leurs tempes qui sont argentées.

C’est enfin un public qui a du temps et aime lire. Vos contrats, vos documentations vont être décortiquées.

Les seniors paient cash : soyez le aussi avec eux, c’est la meilleure façon d’obtenir leur confiance.

JFK disait « ce qui est intéressant ce n’est pas d’ajouter des années à la vie mais d’ajouter de la vie aux années «. Si vous étés capable de leur offrir ça, vous êtes sur de réussir.

 

Hervé Sauzay

Lancement de la silver economy, Bercy, 24 avril 2013