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Les seniors sont moins agressés que les jeunes (La Croix)

Écrit par Institut Français des Seniors. Publié dans Revue de medias

Couple dans le parc Jean-Moulin, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Les personnes âgées sont peut-ê...

Si les plus de 60 ans font souvent état d’un fort sentiment d’insécurité, ils sont moins souvent victimes d’atteintes personnelles que le reste de la population. 

Couple dans le parc Jean-Moulin, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Les personnes âgées sont peut-être moins agressées car,  plus craintives, elles adaptent leur comportement à leur sentiment d’insécurité.

Tel est l’enseignement d’une enquête inédite de l’Observatoire national de la délinquance publiée en exclusivité par La Croix.

Les personnes âgées font-elles partie des proies privilégiées des délinquants ? Pour beaucoup, c’est là une évidence. Et pourtant. L’enquête (1) publiée mardi 14 octobre par l’Observatoire national de la délinquance des réponses pénales écorne sérieusement cette idée reçue. Les chiffres de l’ONDRP sont en effet éloquents : seuls 8,7 % des seniors (+ de 60 ans) déclarent avoir été victimes d’une atteinte personnelle (2) ces deux dernières années, contre 18,6 % des 35-59 ans et 28,2 % des 14-34 ans. En clair, les « seniors » ont été trois fois moins volés, agressés ou injuriés que les moins de 35 ans.

Et ce n’est pas tout. La majorité des atteintes visant les plus âgés sont de l’ordre de l’injure, et non des violences physiques. « Ils sont parmi les moins exposés aux atteintes personnelles et quand ils le sont, les actes les visant se révèlent en général moins graves que d’autres », décrypte Cyril Rizk, responsable des statistiques à l’ONDRP.

Le sentiment d’insécurité reste pourtant très prégnant chez les personnes âgées. C’est même chez eux qu’il est le plus élevé… Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 17,5 % des seniors déclarent ressentir de l’insécurité à leur domicile, contre seulement 14 % des 14-34 ans et 15 % des 35-59 ans.

Ainsi, et c’est l’autre enseignement de taille de l’enquête, le sentiment d’insécurité ne semble pas être corrélé au fait d’avoir été victime. « Les seniors se voient comme des victimes potentielles sans que cette perception soit adossée à un vécu récent de victimation », constate le statisticien.

LES PERSONNES ÂGÉES PLUS PERMÉABLES AUX FAITS DIVERS

Comment expliquer ce phénomène ? « Les seniors redoutent sans doute de ne pas pouvoir se défendre ou de ne pas pouvoir fuir devant un agresseur », analyse Cyril Rizk. Un constat partagé par Olivier de Ladoucette, psychiatre et gérontologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.« Les personnes âgées sont plus inquiètes que les autres par nature, du fait de leur perte d’autonomie et de leur fragilité. Dès lors, elles deviennent extrêmement perméables aux faits divers qui sont rapportés dans les médias. Elles ont tendance à projeter leurs peurs (celle de vieillir ou de devenir dépendant) sur le monde alentour. » 

Les seniors ont par ailleurs tendance à amplifier l’impact – tant physique que psychique – d’une hypothétique agression. Y compris les plus anodines. « Nous ne sommes pas égaux face à un même acte de délinquance, rappelle Joël Belmin, chef du service gériatrique à l’hôpital Charles-Foix à Ivry-sur-Seine. Chez une personne âgée, un simple vol à la tire peut s’accompagner d’une chute grave, d’une fracture difficile à consolider, voire d’un vrai traumatisme psychique. Plus on avance en âge, plus notre capacité à faire face à la violence et à la surmonter s’émousse ».

Pour ce spécialiste, le sentiment d’insécurité du troisième âge ne se nourrit donc pas tant de son exposition au risque – statistiquement faible – que des conséquences parfois très graves d’une éventuelle agression.

UN SENTIMENT D’INSÉCURITÉ PLUS FORT CHEZ LES FEMMES 

La peur d’être victime d’un acte délictueux tient aussi aux caractéristiques démographiques spécifiques à cette classe d’âge. Et notamment à la surreprésentation des femmes, chez qui l’aversion au danger est particulièrement élevée. 

Les chiffres en témoignent : les femmes sexagénaires se déclarent environ deux fois plus en insécurité (21,8 %) que les hommes du même âge (12 %). Ainsi, pour comprendre le sentiment d’insécurité, l’âge ne suffit pas : il faut aussi prendre en compte le paramètre du sexe.

LA PART DE LA PRUDENCE 

Reste à savoir s’il faut lutter contre une peur qui, la plupart du temps, se révèle infondée. Spontanément, on pourrait penser que oui. Ce serait toutefois aller un peu vite, selon le statisticien Cyril Rizk. « Il n’est pas impossible qu’un lien existe entre le sentiment d’insécurité ressenti et le taux de victimation. Je m’explique : le fait que les personnes âgées se sentent plus menacées que les autres les amène peut-être à adapter leurs comportements et à limiter leur exposition aux risques ». 

En clair, la peur et le mode de vie qui l’accompagne (limitation des sorties nocturnes, évitement de certains lieux, protection renforcée du domicile) expliquent peut-être en partie que les personnes âgées soient moins visées que le reste de la population. De futures enquêtes sur le sujet devraient être menées dans les années à venir par l’ONDRP.

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 Cambriolages en hausse et homicides en baisse en 2013 

L’an dernier, les chiffres officiels de la délinquance en France ont révélé une poursuite de la hausse des cambriolages. Ceux recensés en zone police ont crû de 6,4 % par rapport l’année d’avant. Ils ont augmenté de 4,7 % en zone gendarmerie. Or, ils étaient déjà en hausse en 2012.

Les chiffres de 2013 attestent en revanche d’une baisse des homicides en zone urbaine (- 4,2 %). Ainsi, le taux d’homicides pour 100 000 habitants a été divisé par deux entre 1996 et 2013 en France.

Un nouveau service statistique de la délinquance a été créé en septembre 2014. Ses résultats seront présentés chaque semestre par le ministre de l’intérieur aux commissions des lois de l’Assemblée nationale et du Sénat. Une première.

MARIE BOËTON

(1) L’enquête rendue publique aujourd’hui cumule les résultats obtenus dans le cadre des enquêtes annuelles « cadre de vie et sécurité » réalisées chaque année entre 2007 et 2013. Au total, 116 000 personnes ont été interrogées, dont 40 000 ayant plus de 60 ans.

(2) Les atteintes personnelles comprennent les vols, les violences physiques, les menaces ou les injures.