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Le divorce des seniors (Femme Actuelle)

Écrit par Institut Français des Seniors. Publié dans Revue de medias

Article de Femme Actuelle - Claudine Colozzi du 

 

Le divorce des seniors: un phénomène qui prend de l'ampleur

 

En dix ans, le nombre de séparations parmi les seniors a doublé en France. Dans 60 % des cas, les femmes sont à l’initiative de cette démarche. Pour beaucoup, c’est le début de nouvelles relations amoureuses.

 

Ne pas vieillir ensemble. C’est le choix de plus en plus de couples de seniors mariés. Le taux de divorces après plus de trente-cinq ans de vie commune a été multiplié par neuf en quarante ans*, et le nombre de séparations chez les plus de 60 ans a doublé en dix ans. Ainsi, 24 315 hommes et femmes âgés de 60 ans et plus ont divorcé en 2015, contre plus de 15 000 dix ans plus tôt. Dans 60% des cas, ce sont les femmes qui sont à l'initiative de la séparation. Allongement de l’espérance de vie (79,5 ans pour les hommes et 85,4 ans pour les femmes**), indépendance financière des femmes, départ des enfants du foyer, désir d’une liberté retrouvée… Les explications sont nombreuses, mais le déclencheur demeure encore et toujours la retraite. "C’est un moment où l’on réfléchit à ce que l’on veut vraiment pour soi. On se projette dans les vingt années à venir et on se demande si l’on a finalement envie des mêmes choses que son conjoint" explique Corine Oerlemans, assistante sociale qui rencontre beaucoup de salariés soucieux de bien négocier ce tournant de la vie. Si pour certains, la retraite est l’occasion de se retrouver en planifiant plus d’activités à deux, pour d’autres, en revanche, cette nouvelle étape met en lumière la distance qui s’est installée au fil des années de vie commune. Engagements associatifs distincts, investissement auprès des petits-enfants ou des parents dépendants : des crispations autour du nouvel emploi du temps peuvent voir le jour. "Certaines femmes vivent aussi mal l’inactivité de leur conjoint, surtout s'il s’est beaucoup investi dans sa vie professionnelle antérieure", explique Corinne Oerlemans. Sans oublier l'amour. Car, à 60 ans comme à 20 ans, il reste l'ingrédient essentiel du couple! Ainsi, nombre de seniors n’hésitent plus à rompre pour vivre le grand frisson. Les sites de rencontres se sont d'ailleurs emparés de ce nouveau marché en proposant des services adaptés. " La génération silver subit moins de pression sociale amoureuse que les plus jeunes, analyse Sophie Ak Gazeau, vice-présidente du site DisonsDemain.fr, lancé en 2017. Elle est totalement libérée du regard des autres. Elle vit le moment présent à 100 %." Une vie après le divorce, même passés 60 ans ? Incontestablement oui, et peut-être même plusieurs…* Ined, 2016; ** Chiffres 2017 soit une augmentation de 14 ans au cours des soixante dernières années.

Monique*, 73 ans : "Je me sens soulagée d’un grand poids"
Je ne pouvais plus continuer comme ça. Nous vivions tous les deux côte à côte sans plus aucun projet commun. Alors, il y a quelques mois, j’ai pris les choses en main. Mettre notre appartement en vente, nous trouver deux nouveaux lieux de vie... Muré dans sa colère, il n'a pas bougé le petit doigt. J’ai tout géré, jusqu’à lui faire son lit dans son nouvel appartement. Il fallait que j’aille au bout de cette démarche pour mettre un terme définitif à notre histoire. Aujourd’hui, je me sens soulagée d’un grand poids. J’ai aussi un peu d’appréhension. Après avoir vécu chez une amie, c’est bientôt le grand saut dans l’inconnu! J’emménage dans mon nouveau chez moi. A mon âge, certains penseront que c’est un peu fou. Je trouve ça très stimulant au contraire.

Irène*, 70 ans: "Je ne pensais pas retomber amoureuse"
Après quarante ans de vie commune et une relation qui a connu des hauts et bas, j’ai décidé de divorcer il y a quatre ans. Par le passé, j’avais souvent menacé de partir, mais l’idée de faire de la peine aux enfants m’a toujours empêchée d’aller jusqu’au bout. Et puis, je craignais de devoir quitter cette maison à laquelle je suis très attachée. Rencontrer Jacques m’a aidée à franchir le pas. Je ne pensais pas retomber amoureuse. Mon ex-mari a été vexé d’être remplacé aussi vite. Notre divorce a été conflictuel. Au final, j’ai préféré garder notre maison et ne pas percevoir de prestation compensatoire. Ce choix n’est pas toujours facile à assumer car ayant travaillé à mi-temps, ma retraite ne pèse pas bien lourd. Malgré tout, je n’ai jamais regretté ma décision.* A la demande des personnes interviewées, les prénoms ont été modifiés.

"Les femmes rebondissent mieux" : Elodie Cingal, psychologue, psychothérapeute, spécialisée dans les séparations et la recomposition familiale.

Dans les divorces, l’argent est souvent un facteur déterminant. Les femmes de la génération du baby-boom ont une situation financière qui leur permet de sauter le pas, car elles ont travaillé. Parfois aussi, elles perçoivent un petit héritage de leurs parents. Et c’est alors le facteur déclenchant pour quitter ce conjoint avec lequel elles ne s’entendent plus. Pour beaucoup, la vie a tourné autour des enfants. Et soudain quand ils partent de la maison, l’évidence devient criante : je n’ai plus rien à faire avec mon mari ! L’idée n’est pas forcément de refaire sa vie, de rencontrer quelqu’un, mais de profiter d’une liberté dont elles ont eu l’impression d’être privées. Quand elles sont à l’initiative de ce changement de vie, elles s’en sortent mieux que les hommes qui vivent cette situation avec plus de difficultés. »